Do ré mi
Je déteste les gammes
Pas si fa si le
Je me souviens, j’ai à peine dix ans, avec Mimi ma sœur, main dans la main, nous allons traînant le pas de la place du peuple à la rue des creuses, notre cartable à partition à bout de bras. Deuxième étage d’un vieil immeuble aux marches grinçantes, nous retenons notre souffle déjà écœurées par les effluves de soupe, de pisse de chat, de renfermé, nous sonnons chez Marinette Pécoud, virtuose de l’orgue du grand temple, elle est notre professeur de piano. Je la déteste, elle et sa vieille mère qui dodeline de la tête, assise dans la cuisine, elle et ses gros chats qui déboulent de nulle part, elle et ses notes de musique.
Dans un salon tellement sombre trône le piano, tabouret à vis, j’entame mes gammes, mes doigts accrochent les notes, dérapent entre les dièses et les bémols, je n’ai pas l’oreille musicale, je chante faux, je n’aime pas le solfège. Un énorme matou installé sur le piano me fusille du regard, il a de l’oreille lui…elle, Marinette tient à la main une baguette en bois, spéciale fausses notes, je la déteste. Mozart, Schumann et les autres je n’aime ni vos rondos, ni vos valses, ni vos mélodies, ni même vos rigaudons. Je déteste le piano et Marinette.
Mimi à son tour fait ses gammes, soumise comme moi à l’envie de notre père de nous donner une culture musicale, ses parents lui avaient imposé le violon, il pensait que le piano serait plus facile à apprendre.
Et te souviens tu Mimi de notre terrible peur sur le chemin du retour, ce petit chinois, tirant une carriole, qui nous suivait, tous les jeudis de la rue des creuses jusqu’à la place du peuple !

consigne: quelques notes de musique