J’ai dans mon album photo quelques clichés de ma grand-mère Alphonsine, nous avons soufflé ensemble les bougies de mes quatre premiers anniversaires, toi, c’étaient tes derniers, nous étions, à quelques heures près, nées le même jour.

Petite dame toute menue aux longues robes noires, tu ne t’habillais qu’en noir, dans le décolleté de ton corsage, de fines dentelles cachaient des cicatrices, ton élégance tenait à peu de choses, peut être à tout ce noir auréolé de ta chevelure blanche, le dimanche tu portais un chapeau à voilette pour aller au concert. Ton regard paraissait lointain, tous ces petits enfants t’ennuyaient, tu aurais voulu lire, écrire à ton amie Julie partie à Paris, jamais tu n’as pu exercer ton métier d’institutrice, les enfants sont venus trop vite, la guerre, encore des enfants, pas de répit, la maison était ton seul univers.

Quelques escapades à la campagne, toujours de noir vêtue, entourée par la famille, prisonnière des tiens : pourquoi n’ai-je jamais rencontré ton sourire ? j’ai retrouvé tes carnets remplis de citations, d’extraits de livres, d’articles de journaux…. je les ai ajouté aux miens.